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Génération 68
"De même que le bourgeois gentilhomme de Molière apprenait qu'il pratiquait la prose sans le savoir, Allemands et Français doivent redécouvrir qu'ils sont, parfois à leur insu, des enfants de 68", conclut le journaliste Christophe Lehousse dans une contribution à notre dossier sur l'héritage de mai 68. Que reste-t-il de 1968 ? La question, souvent posée ces dernières semaines, ne supporte pas de réponses absolues.
En ouvrant le dossier de la "génération 68", Documents et Dokumente ne prétendent pas faire le bilan, mais seulement analyser ce qui peut être, ou pas, considéré aujourd'hui comme l'héritage de 1968, tout comme cela a déjà été fait en 1978, en 1988 et en 1998. Avec à chaque fois des réponses différentes. En France comme en Allemagne, le quarantième anniversaire du mouvement est l'occasion pour les "ennemis" de Mai 68 de faire sa fête à l'événement en le rendant responsable d'à peu près tous les maux de la terre, explique Christophe Lehousse qui met notamment en vis-à-vis les positions du président français Nicolas Sarkozy et de Kai Diekmann, rédacteur en chef du quotidien populaire Bild-Zeitung. "Désigner 1968 comme la boîte de Pandore d'où auraient surgi tous les problèmes rencontrés aujourd'hui par les deux sociétés – chômage, faible pouvoir d'achat, accroissement des inégalités – revient à commettre une série de non-sens en termes de vérité historique", plaide Christophe Lehousse qui observe qu'on "a souvent vite fait de résumer l'héritage de 68 à ses influences sur les modes de vie et les mentalités".
Pour sa part, Ansbert Baumann, collaborateur scientifique et chercheur en histoire contemporaine à l'université de Tübingen et maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris, dénonce le "mythe 68", synonyme dans les esprits de "révolte étudiante, de bouleversement et de renouvellement social". Pourtant, "bien plus qu'une véritable césure, voire d'un tournant dans l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre, Mai 68 est avant tout un lieu de mémoire de la société allemande", analyse-t-il. "On ne doit pas concevoir 1968 comme le catalyseur d'une vaste libéralisation sociale et le dépassement final d'une "ère Adenauer" prétendument vieillie et rétrograde, mais bien comme l'apogée d'une évolution que seuls les changements survenus dans les années précédentes ont rendue possible".
La journaliste Suzanne Krause revient elle sur le parcours et le rôle de quatre femmes de cette époque révolutionnaire : l'étudiante allemande Gudrun Koch qui s'engagea à Berlin, les autres, Anne Zelensky, Thérèse Clerc, Simone Iff, à Paris. Quatre témoins de cette époque qui ont vu comment 1968 a déclenché le nouveau mouvement des femmes (Frauenbewegung).
Sur le sujet, Documents a sélectionné pour vous dans ses archives :
| Chronique du mouvement étudiant | Peter Struschka | Année 1969 N°03 |
| Toujours ces antidémocrates | Thilo Werthern-Beichlingen | Année 1968 N°03 |
| Chronique de la rebellion des étudiants II | Documents | Année 1968 N°03 |
| Après l'attentat contre Rudi Dutschke | A. W.-V. | Année 1968 N°03 |
| La démocratie à l'épreuve | Robert Haerdter | Année 1968 N°03 |
| Chronique de la rebellion des étudiants | Dieter Koopmann | Année 1968 N°02 |
| Universitaires anti-autoritaires | Jean-Paul Picaper | Année 1968 N°02 |
| Une politique de l'enseignement | Peter Menke-Glückert | Année 1968 N°02 |
| Réflexion sur la rebellion | Guido Rous | Année 1968 N°02 |